Conformité

Décret BACS 2030 : 6 fonctions à vérifier avant de signer

Décret BACS : l'échéance 70-290 kW passe à 2030. La conformité tient à 6 fonctions et une inspection périodique. Ce qu'il faut exiger avant de signer un devis de GTB.

Miljan Stojiljkovic
6 Août 2026
16 min
Décret BACSGTBConformitéDonnéesPME ETI

Une gestion technique du bâtiment de classe A fait baisser les consommations de chauffage, ventilation et climatisation de 20 à 30 % par rapport à un bâtiment non régulé, contre 15 à 25 % pour une classe B (référentiel NF EN ISO 52120-1, ordres de grandeur repris par l'ADEME). C'est l'un des rares gestes d'efficacité énergétique dont le rendement soit à la fois documenté et rapide. Et pourtant, le gouvernement vient de repousser de trois ans l'obligation d'en installer une : le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025 déplace l'échéance des bâtiments tertiaires équipés de 70 à 290 kW du 1er janvier 2027 au 1er janvier 2030.

Le paradoxe tient en une date. Ce 1er janvier 2030 est exactement l'échéance à laquelle le décret tertiaire exige 40 % de consommation d'énergie finale en moins. La France vient donc d'autoriser les entreprises à installer l'instrument de mesure l'année même où elles doivent produire le résultat mesuré.

Cet article documente ce que le décret BACS demande réellement : six fonctions, deux classes, une inspection périodique, une dérogation qui se referme. Et surtout, ce qu'il faut écrire dans un cahier des charges avant de signer un devis de GTB, parce que c'est là que se joue la différence entre un équipement de conformité et un actif exploitable.

Ce que le décret BACS impose exactement, et à qui

Le décret BACS, pour Building Automation and Control Systems, c'est le décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020, publié au Journal officiel le 21 juillet 2020, puis élargi par le décret n° 2023-259 du 7 avril 2023. Il est codifié aux articles R. 175-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation.

Le déclencheur n'est pas la surface, contrairement au décret tertiaire, mais la puissance nominale utile des systèmes de chauffage ou de climatisation, combinés ou non à la ventilation. Trois situations, trois calendriers :

  • Au-delà de 290 kW, bâtiments existants : l'obligation est en vigueur depuis le 1er janvier 2025. Elle n'a pas bougé.
  • Entre 70 et 290 kW, bâtiments existants : échéance repoussée au 1er janvier 2030 par le décret du 26 décembre 2025, pour aligner le calendrier français sur le calendrier européen et tenir compte des délais techniques de la filière.
  • Bâtiments neufs au-delà de 70 kW : l'obligation se traite à la conception, elle est déjà applicable et n'a pas été reportée.

Un point que les pages de définition passent vite : le décret ne dit pas « installez une GTB ». Il décrit un système capable de six choses. La nuance paraît byzantine, elle ne l'est pas. Une part importante du parc de GTB installé avant 2020 pilote correctement des équipements sans répondre à trois des six exigences. Ces bâtiments sont équipés et non conformes.

Les six fonctions qu'une GTB doit assurer pour être conforme

Voici la liste, dans la formulation du texte plutôt que dans celle des plaquettes commerciales. C'est votre cahier des charges.

1. Suivre, enregistrer et analyser les données de production et de consommation d'énergie, au pas horaire et par zone fonctionnelle. Le pas horaire et la maille par zone sont les deux mots qui éliminent la majorité des installations anciennes. Un relevé mensuel global ne répond pas au texte.

2. Situer l'efficacité énergétique du bâtiment par rapport à des valeurs de référence. Autrement dit produire un point de comparaison, pas seulement une courbe.

3. Détecter les pertes d'efficacité des systèmes techniques et en informer l'exploitant. C'est la fonction la plus souvent absente, et la plus créatrice de valeur. Un système qui affiche des données sans lever d'alerte ne détecte rien.

4. Réguler et ajuster les équipements selon les consignes et les scénarios d'optimisation.

5. Permettre l'interopérabilité entre les différents systèmes techniques du bâtiment, qu'ils viennent ou non du même fabricant.

6. Permettre l'arrêt manuel et la gestion autonome des systèmes.

Le décret BACS n'est pas une spécification de plomberie, c'est une spécification de système d'information. Quatre des six fonctions parlent de données : les produire, les stocker, les comparer, les interpréter.

Cette lecture change la nature de l'achat. Un devis de GTB se compare habituellement sur le nombre de points raccordés et le prix au mètre carré. Les six fonctions imposent d'y ajouter trois questions que personne ne pose spontanément : à quelle granularité les données sont-elles enregistrées, combien de temps sont-elles conservées, et comment sort-on du système. Nous y revenons plus bas, c'est le cœur du sujet.

Sur le terrain : ce que décrivent les praticiens en 2026

La confusion réglementaire est réelle, et elle se voit d'abord chez ceux qui vendent le sujet. En juillet 2026, l'équipe éditoriale d'un éditeur français de solutions GTB a publiquement corrigé sur son propre site une échéance annoncée à 2027 pour la remplacer par 2030, sept mois après la parution du décret de report. Quand les spécialistes doivent rectifier leurs propres pages, on mesure ce que voit un dirigeant qui cherche l'information de bonne foi.

Lors d'une table ronde d'intégrateurs organisée en avril 2026 dans le Sud de la France, le sujet dominant n'était pas la performance des automates, mais la conception : comment câbler aujourd'hui un bâtiment tertiaire pour qu'il reste pilotable dans dix ans, indépendamment du fournisseur retenu. Un spécialiste de l'efficacité énergétique résumait de son côté l'enjeu en une phrase, à propos des bâtiments commerciaux : « on ne parle plus d'une suggestion, mais d'une obligation », en illustrant par le cas le plus banal qui soit, la salle de réunion vide chauffée à 22 degrés.

Un cabinet d'ingénierie et d'assistance à maîtrise d'ouvrage animant un webinaire réglementaire au printemps 2026 passait, lui, l'essentiel de sa session à démêler deux textes que ses participants confondaient systématiquement : le seuil de 1 000 m² du décret tertiaire d'un côté, les seuils de puissance du décret BACS de l'autre, avec le cas classique du parc composé de trois bâtiments de 500 m². Cette confusion n'est pas anecdotique, elle a des conséquences budgétaires directes.

Enfin, du côté européen, l'association professionnelle du secteur de l'automatisation des bâtiments a lancé début 2026 ses lignes directrices sur les dispositions « bâtiments intelligents » de la directive européenne sur la performance énergétique, et les équipes qui gèrent des parcs multi-pays décrivent toutes le même problème : des obligations d'origine commune, des calendriers nationaux différents, et une question qui revient à chaque fois, celle de savoir non pas si l'équipement est installé, mais comment il fonctionne réellement en exploitation.

Obligation de moyens contre obligation de résultat : la confusion qui coûte cher

C'est la question la plus posée sur le sujet, et la réponse tient en une ligne : le décret BACS est une obligation de moyens, le décret tertiaire une obligation de résultat.

Le décret BACS vous demande d'installer un système répondant aux six fonctions. Vous êtes conforme si le système existe et fonctionne, quelle que soit votre consommation. Le décret tertiaire vous demande d'atteindre une trajectoire de baisse, 40 % en 2030, 50 % en 2040, 60 % en 2050, et de la déclarer chaque année sur la plateforme OPERAT. Vous êtes conforme si le résultat est là, quels que soient vos équipements.

Les deux textes se croisent sur un point précis : le second exige une donnée que seul le premier produit correctement. Une déclaration OPERAT fondée sur des factures annuelles reste une déclaration approximative. Une déclaration adossée à des mesures horaires par usage et par zone est vérifiable, corrigeable, et défendable en cas de contrôle.

D'où la conclusion, contre-intuitive, sur le report : il supprime une obligation, pas un besoin. Une entreprise qui range le sujet jusqu'en 2029 devra rattraper simultanément l'équipement, le paramétrage et l'historique de données, au pire moment, à quelques mois de l'échéance de résultat.

L'inspection périodique : le contrôle que presque personne n'a anticipé

Le décret ne se contente pas d'imposer un équipement, il organise sa vérification. Le système d'automatisation et de contrôle fait l'objet d'une inspection périodique, à l'initiative du propriétaire, dans les deux ans qui suivent l'installation ou le remplacement du système, ou d'un système technique qui lui est raccordé, puis selon une périodicité qui ne peut excéder cinq ans. La personne qui réalise l'inspection remet son rapport au propriétaire dans un délai d'un mois, et ce rapport se conserve dix ans.

L'inspection ne se limite pas à constater la présence d'automates. Elle vérifie l'identification du bâtiment et des systèmes raccordés, la documentation technique, le fonctionnement et l'étalonnage des dispositifs de mesure, la capacité effective d'analyse des données, la réalité des ajustements réalisés après détection d'une dérive, les modalités d'enregistrement des données, l'arrêt manuel et l'interopérabilité.

Un contrôle documentaire transforme une obligation d'équipement en obligation de traçabilité. Ce n'est plus « avez-vous une GTB », c'est « prouvez ce qu'elle a détecté, et ce que vous en avez fait ».

C'est le point qui devrait faire bouger un dirigeant plus que la date de 2030. Une installation posée sans reprise des données, sans zones fonctionnelles proprement définies et sans procédure de traitement des alertes passera l'installation, pas l'inspection.

La dérogation à dix ans de retour sur investissement se referme

Le décret prévoit une porte de sortie : l'obligation ne s'applique pas lorsqu'une étude démontre que l'installation d'un système conforme ne peut être réalisée avec un temps de retour sur investissement inférieur à dix ans. Beaucoup de dirigeants l'ont notée comme une option de repli. Elle l'est de moins en moins, pour une raison arithmétique.

Le temps de retour se calcule après déduction des aides. Or le principal dispositif de financement, la fiche standardisée de certificats d'économies d'énergie BAT-TH-116, couvre précisément l'installation ou l'amélioration d'une GTB de classe A ou B dans le tertiaire existant. Elle représente en pratique de l'ordre de 5 à 15 € par mètre carré piloté, soit fréquemment 30 à 50 % du coût d'installation, avec une bonification liée au décret BACS pour les installations de classe A. Sur un bâtiment de 5 000 m², cela déplace plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Conséquence pratique : plus les aides sont mobilisables, plus le retour sur investissement descend sous les dix ans, et moins la dérogation est accessible. Le calcul se fait avant de décider d'attendre, pas après. Et il se fait avec le montant des aides réellement atteignable, ce qui dépend de la classe visée.

Combien coûte une GTB conforme ?

La fourchette dépend trop du bâtiment pour qu'un chiffre unique ait un sens, mais l'ordre des dépenses, lui, est stable. Le poste dominant n'est presque jamais l'automate, c'est le raccordement des équipements existants, la définition des zones fonctionnelles et la reprise de l'instrumentation manquante. Ensuite vient le paramétrage, c'est-à-dire les scénarios, les seuils d'alerte et les consignes. Le logiciel de supervision ferme la marche. Une PME qui commence par choisir sa plateforme de supervision avant d'avoir cartographié ses points de mesure paie deux fois : une fois l'outil, une fois la reprise.

Classe A ou classe B : ce que la différence change vraiment

Le référentiel NF EN ISO 52120-1 classe les systèmes de A à D, la classe D correspondant à l'absence de régulation avancée. Le décret impose d'atteindre au minimum la classe B, et la fiche CEE ne finance que les classes A et B.

Sur le papier, l'écart entre A et B se lit en pourcentage d'économies, de l'ordre de 15 à 25 % pour une classe B contre 20 à 30 % pour une classe A. Dans les faits, l'écart se lit surtout en finesse de données : une classe A suppose une régulation par zone avec optimisation continue et remontée fine, une classe B se contente d'un pilotage plus grossier. Pour un dirigeant, la question n'est donc pas « quelle classe est obligatoire », c'est « quelle classe me donne une donnée assez fine pour arbitrer mes travaux dans les cinq ans qui viennent ». La réponse est souvent A, et la bonification CEE réduit l'écart de coût.

Les trois clauses à exiger dans un contrat de GTB

C'est le sujet sur lequel nous voyons le plus d'argent perdu chez nos clients, et il ne figure dans aucun guide de conformité. Une GTB est un équipement connecté qui produit, chaque heure, des données d'exploitation sur votre bâtiment. Si le contrat ne dit rien de ces données, elles restent en pratique chez le fournisseur.

Clause 1, l'accès aux données brutes. Pas un tableau de bord, pas un export PDF mensuel : un accès aux séries de mesures elles-mêmes, dans un format standard, par interface programmable ou export automatisé. Formulation à retenir : les données de mesure sont la propriété du maître d'ouvrage et lui sont accessibles en continu, sans surcoût.

Clause 2, la granularité et la durée de conservation. Le décret impose un enregistrement au pas horaire par zone fonctionnelle. Écrivez-le dans le contrat, avec une durée de conservation d'au moins cinq ans, alignée sur la trajectoire du décret tertiaire. Une donnée agrégée au mois, ou purgée au bout d'un an, ne vous permettra jamais de démontrer une baisse par rapport à une année de référence.

Clause 3, la réversibilité. Que se passe-t-il si vous changez de mainteneur ou de superviseur ? Le point de blocage classique n'est pas technique, il est contractuel : protocoles propriétaires, licence de supervision non transférable, historique non exportable. Sur ce terrain, le règlement européen Data Act applicable depuis septembre 2025 joue en votre faveur : il ouvre à l'utilisateur d'un produit connecté un droit d'accès aux données que ce produit génère. Une GTB entre pleinement dans cette catégorie. Encore faut-il l'invoquer au moment du contrat, pas trois ans plus tard.

Vous n'achetez pas un système de régulation, vous achetez la capacité à savoir ce que consomme votre bâtiment, heure par heure, pendant dix ans. Ce sont deux achats différents, et un seul figure sur le devis.

C'est exactement le type d'arbitrage que nous traitons chez Nymphar.AI dans un cadrage court : pas un audit énergétique, un cadrage de la donnée produite, de sa qualité et de son usage aval. La question n'est pas de savoir quelle GTB acheter, c'est de savoir quelles clauses rendent l'achat utile au-delà de la conformité.

Pourquoi 2030 est une échéance de données, pas d'équipement

Une installation de GTB se réalise en quelques mois. Un historique de consommation ne se rattrape pas. C'est toute la différence entre les deux calendriers qui convergent au 1er janvier 2030.

Pour démontrer une baisse de 40 % en valeur relative, il faut une année de référence solide, choisie entre 2010 et 2022, et une série de mesures qui documente la trajectoire. Une entreprise qui s'équipe en 2029 aura sa conformité BACS et aucune capacité à prouver quoi que ce soit sur le décret tertiaire. Une entreprise qui s'équipe en 2026 disposera de quatre exercices de données horaires, donc de la matière pour détecter les dérives, arbitrer les travaux au coût du kilowattheure évité, et défendre sa déclaration.

Un repère utile pour calibrer les attentes sur la suite, parce que ce genre de sujet attire beaucoup de promesses d'optimisation automatique : 95 % des projets d'intelligence artificielle générative ne produisent aucun retour mesurable (MIT NANDA, juillet 2025), et la cause dominante est l'absence de données propres en amont, pas la qualité des modèles. Sur un bâtiment, l'ordre des opérations ne se négocie pas : instrumentation, collecte fiable, détection de dérives, et seulement ensuite prédiction ou pilotage prédictif. Les mêmes principes valent pour un parc immobilier tertiaire que pour un site industriel.

Questions fréquentes

Faut-il attendre 2030 si mon bâtiment est entre 70 et 290 kW ?

Attendre est un choix défendable si, et seulement si, vous avez fait trois calculs : le retour sur investissement aides déduites, le coût de l'absence d'historique de données au regard de votre trajectoire décret tertiaire, et le risque de tension sur les prix et la disponibilité des intégrateurs à l'approche de l'échéance. Dans la majorité des dossiers que nous voyons, ces trois calculs pointent dans la même direction, et ce n'est pas celle de l'attente.

Ma GTB actuelle est-elle conforme ?

Testez-la sur trois points, ce sont ceux qui échouent le plus souvent. Peut-elle exporter des consommations au pas horaire par zone fonctionnelle sur les douze derniers mois ? Lève-t-elle des alertes automatiques quand un équipement dérive, sans qu'un humain lise un graphique ? Communique-t-elle avec des équipements d'autres marques ? Trois « non » signifient une mise à niveau, pas nécessairement un remplacement.

Qui réalise l'inspection périodique ?

Elle est déclenchée à l'initiative du propriétaire du système. Le rapport lui est remis dans le mois et se conserve dix ans. Le point de vigilance porte moins sur le prestataire que sur la préparation : sans documentation technique à jour ni traçabilité des ajustements réalisés après alerte, l'inspection se conclura mal, même sur une installation récente.

Ce qu'il faut retenir

Le décret BACS a changé de nature sans changer de texte. Tant que la seule question était « faut-il installer une GTB », le sujet relevait de la maintenance technique. Depuis que le texte impose six fonctions dont quatre portent sur la donnée, qu'un contrôle périodique en vérifie l'effectivité et que l'échéance 70-290 kW coïncide avec l'échéance de résultat du décret tertiaire, le sujet relève de la direction générale.

La séquence qui fonctionne tient en quatre étapes : cartographier les puissances installées et les échéances qui s'y attachent, calculer le retour sur investissement aides déduites avant de décider d'attendre, écrire les trois clauses de données dans le cahier des charges, et seulement ensuite consulter des intégrateurs. Elle prend quelques jours, pas quelques mois, et c'est ce que déroule un cadrage de données sur un cas réel. Pour préparer ce travail en interne, la checklist de cadrage couvre les questions à poser avant tout appel d'offres.

Le report à 2030 vous a offert trois ans. Utilisés à ne rien faire, ils coûteront plus cher que l'obligation initiale.

Sources signaux

Les observations de terrain citées dans cet article proviennent de contenus professionnels publiés entre février et juillet 2026 : une table ronde d'intégrateurs sur la conception des bâtiments tertiaires (Smart Intégrations Mag, juin 2026), une analyse sectorielle sur les économies permises par la GTB (février 2026), un webinaire d'ingénierie sur l'articulation décret tertiaire et décret BACS (avril 2026), la correction publique d'une échéance 2027 en 2030 par un éditeur de solutions GTB (juillet 2026) et le lancement des lignes directrices européennes sur les dispositions « bâtiments intelligents » (eu.bac, février 2026).

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